
La résiliation d’un contrat d’assurance par l’assureur représente une situation redoutée par de nombreux assurés. Contrairement à l’idée répandue selon laquelle seul l’assuré détient le pouvoir de mettre fin à son engagement, les compagnies d’assurance disposent également de prérogatives étendues en matière de résiliation. Cette faculté, rigoureusement encadrée par le Code des assurances, s’exerce dans des circonstances précises qui méritent d’être connues de tous les souscripteurs. Comprendre les conditions dans lesquelles votre assureur peut légalement rompre votre contrat vous permettra non seulement d’éviter certains écueils, mais également de mieux défendre vos droits en cas de litige. Les conséquences d’une résiliation par l’assureur peuvent s’avérer particulièrement contraignantes, notamment pour les assurances obligatoires comme l’assurance automobile ou habitation, où retrouver un nouvel assureur devient souvent un parcours semé d’embûches.
Le cadre juridique de la résiliation par l’assureur selon le code des assurances
Le Code des assurances établit un cadre juridique strict définissant les conditions dans lesquelles un assureur peut mettre fin à un contrat. Ces dispositions légales visent à protéger les assurés contre des résiliations arbitraires tout en permettant aux compagnies d’assurance de gérer leur portefeuille de risques de manière équilibrée. La relation contractuelle entre l’assureur et l’assuré repose sur un principe fondamental d’équilibre des prestations : l’assuré paie une prime calculée en fonction du risque, et l’assureur s’engage à couvrir les sinistres éventuels. Lorsque cet équilibre est rompu, que ce soit par une modification du risque ou par un manquement aux obligations contractuelles, l’assureur peut être fondé à exercer son droit de résiliation.
L’article L113-12 du code des assurances : résiliation pour non-paiement de prime
L’article L113-12 du Code des assurances constitue le socle juridique encadrant la résiliation pour défaut de paiement des cotisations. Cette disposition impose à l’assureur de respecter une procédure strictement chronométrée avant de pouvoir résilier le contrat. Le législateur a voulu instaurer un délai suffisamment long pour permettre à l’assuré de régulariser sa situation, tout en protégeant les intérêts légitimes de l’assureur. Selon ce texte, si la cotisation n’est pas payée dans les dix jours de son échéance, l’assureur doit adresser une mise en demeure accordant un délai supplémentaire de trente jours à l’assuré. Cette procédure progressive vise à éviter des résiliations précipitées qui laisseraient les assurés sans protection.
L’article L113-4 : aggravation du risque et obligation de déclaration
L’article L113-4 du Code des assurances traite spécifiquement des situations d’aggravation du risque survenant en cours de contrat. Cette disposition impose à l’assuré une obligation de déclaration dans les quinze jours suivant la connaissance de toute circonstance nouvelle qui aurait pour conséquence d’aggraver les risques couverts par le contrat. L’aggravation du risque peut concerner de multiples situations : un changement de profession exposant à des risques accrus, l’installation d’un commerce dans un local initialement déclaré comme usage d’habitation, ou encore la modification des conditions de stationnement d’un véhicule assuré. Suite à
cette déclaration, l’assureur dispose d’un délai de dix jours pour vous proposer une augmentation de prime ou notifier sa décision de résilier. En pratique, lorsque l’aggravation est jugée modérée, la compagnie se contente d’ajuster la cotisation. En revanche, si le nouveau risque n’est plus acceptable dans sa politique de souscription (par exemple, transformation d’un logement en entrepôt de produits inflammables), elle peut mettre fin au contrat. La résiliation prend alors effet dix jours après la notification, et les cotisations payées d’avance pour la période non couverte doivent être remboursées. À l’inverse, si vous omettez de déclarer cette aggravation et qu’un sinistre survient, l’assureur pourra réduire l’indemnité, voire refuser toute prise en charge.
L’article L113-8 : fausse déclaration intentionnelle et nullité du contrat
Lorsque la fausse déclaration n’est plus une simple négligence mais un acte volontaire destiné à tromper l’assureur, c’est l’article L113-8 du Code des assurances qui s’applique. Il prévoit la nullité du contrat en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle lors de la souscription ou en cours de vie du contrat. Concrètement, cela signifie que le contrat est réputé n’avoir jamais existé : l’assureur est libéré de toute obligation d’indemnisation, même si vous avez payé des primes pendant plusieurs années. Vous restez néanmoins redevable des cotisations échues, qui sont alors conservées par l’assureur à titre de dommages et intérêts.
Comment savoir si l’assureur invoque L113-8 plutôt que L113-9 (fausse déclaration non intentionnelle) ? Tout repose sur la preuve de votre mauvaise foi, que l’assureur doit établir : réponses manifestement mensongères au questionnaire de souscription, dissimulation de condamnations pénales en assurance auto, non-déclaration de pathologies graves en assurance emprunteur, etc. En cas de litige, le juge appréciera votre intention au regard de vos déclarations, de votre profession, des documents remis et des explications échangées. C’est l’une des sanctions les plus lourdes du droit des assurances, car elle cumule absence d’indemnisation, perte de la couverture et difficulté majeure à trouver un nouvel assureur.
Les dispositions spécifiques de la loi hamon et leurs exceptions
La loi Hamon du 17 mars 2014 est surtout connue pour avoir facilité la résiliation à tout moment après un an de contrat pour les assurés, en matière d’assurance auto, habitation et certaines complémentaires. Cependant, elle a aussi des conséquences indirectes sur la résiliation par l’assureur. D’une part, l’assureur conserve pleinement son droit de résilier à chaque échéance annuelle avec un préavis de deux mois, sans avoir à se justifier pour les contrats de particuliers hors activité professionnelle. D’autre part, il peut toujours mettre fin au contrat hors échéance dans les cas prévus par la loi : non-paiement des primes, aggravation du risque, fausse déclaration, sinistre, etc.
La grande nouveauté réside dans le renforcement de l’obligation d’information. Pour tous les contrats à tacite reconduction couvrant des particuliers, l’assureur doit désormais rappeler, à chaque avis d’échéance, la date limite d’exercice du droit de résiliation. À défaut, l’assuré peut résilier à tout moment après reconduction, sans pénalité, ce qui incite les compagnies à une plus grande rigueur. Attention toutefois : la loi Hamon ne limite pas le pouvoir de résiliation de l’assureur pour motif légitime (fraude, sinistralité excessive, non-paiement). Elle encadre surtout la liberté de résiliation de l’assuré et la transparence des pratiques, tout en laissant subsister des exceptions réglementaires, notamment pour certains contrats collectifs ou d’assurance de personnes.
La résiliation pour défaut de paiement des cotisations d’assurance
Le non-paiement des cotisations d’assurance demeure l’un des principaux motifs de résiliation par l’assureur. En apparence simple, la procédure est en réalité très encadrée et doit respecter des délais légaux précis pour être valable. Un simple retard de paiement ne permet pas à la compagnie de couper immédiatement vos garanties : elle doit vous mettre en demeure, suspendre ensuite la garantie, puis seulement résilier le contrat. Comprendre cette chronologie est essentiel pour savoir jusqu’à quand vous êtes couvert et à quel moment vous risquez réellement de vous retrouver sans assurance.
La procédure de mise en demeure et le délai de 30 jours légal
En cas de retard de paiement de la prime ou de la fraction de prime, l’assureur doit d’abord vous adresser une mise en demeure par lettre recommandée. Cette mise en demeure intervient au plus tôt dix jours après la date d’échéance impayée. Elle ouvre un délai légal de 30 jours pendant lequel vous pouvez régulariser votre situation sans perte de garantie, sous réserve que la suspension ne soit pas encore intervenue. La lettre doit rappeler le montant dû, la date d’échéance, ainsi que les conséquences d’un non-paiement (suspension puis résiliation du contrat).
Si vous réglez dans ce délai de 30 jours, le contrat se poursuit comme si de rien n’était, même si l’assureur peut rester attentif à la récurrence des incidents de paiement. En revanche, si vous laissez passer ce délai sans régularisation, la mécanique de suspension de garantie se met automatiquement en place. Il est donc crucial, dès réception de cette mise en demeure, de réagir vite : contacter votre assureur, expliquer une éventuelle difficulté passagère, demander un échelonnement, ou procéder immédiatement au règlement par le moyen de paiement le plus rapide.
La suspension des garanties après 10 jours de non-règlement
À l’issue du délai de 30 jours suivant la mise en demeure, si la prime reste impayée, le contrat ne disparaît pas immédiatement mais entre en phase de suspension de garantie. Concrètement, dix jours après l’expiration de ce délai, l’assureur peut suspendre la prise en charge de tout nouveau sinistre. Vous restez juridiquement titulaire d’un contrat, mais celui-ci ne produit plus d’effet protecteur : en cas d’accident auto, de dégât des eaux ou d’incendie durant cette période, vous ne serez pas indemnisé.
Cette période de suspension n’est toutefois pas définitive. Si vous réglez la cotisation impayée pendant qu’elle est en cours, le contrat est automatiquement remis en vigueur le lendemain à midi du jour du paiement. En revanche, les sinistres survenus entre la date de suspension et la remise en vigueur restent définitivement à votre charge. C’est un peu comme si vous aviez « mis sur pause » votre assurance : elle peut repartir, mais elle ne couvrira jamais ce qui s’est passé pendant l’interruption.
Les modalités de relance par lettre recommandée avec accusé de réception
Pour être valable, la procédure de défaut de paiement impose l’envoi d’une lettre recommandée, le plus souvent avec accusé de réception. Ce formalisme permet à l’assureur de prouver qu’il vous a bien informé des conséquences de votre retard et qu’il a respecté les délais légaux. Si la lettre est envoyée à une ancienne adresse que vous n’avez pas mise à jour, la procédure reste en principe opposable, car vous avez l’obligation contractuelle de signaler tout changement de coordonnées. D’où l’importance de vérifier régulièrement les informations détenues par votre compagnie.
En pratique, certains assureurs envoient en amont une ou plusieurs relances simples (courrier, mail, SMS) pour vous avertir de l’incident de paiement. Ces relances amiables n’ont pas de valeur juridique spécifique mais constituent un signal d’alerte à prendre au sérieux. Une fois la mise en demeure recommandée expédiée, le compte à rebours légal est lancé. Si vous estimez ne jamais avoir reçu cette lettre alors que votre contrat est résilié pour non-paiement, il peut être utile de demander à l’assureur la preuve de l’envoi (numéro de recommandé, copie du courrier) et, en cas de doute sérieux, de saisir le médiateur de l’assurance.
Le fractionnement mensuel et les incidents de paiement SEPA
Aujourd’hui, la plupart des contrats d’assurance sont réglés par prélèvement automatique mensuel via SEPA. Ce mode de paiement offre de la souplesse, mais il ne vous dispense pas de la vigilance nécessaire : un compte insuffisamment approvisionné entraîne un rejet de prélèvement, qui sera assimilé à un non-paiement de prime. L’assureur n’est pas tenu de représenter indéfiniment le prélèvement ; il peut déclencher rapidement la procédure de mise en demeure, surtout si les incidents se répètent. Un simple changement de banque non communiqué peut aussi provoquer un rejet en chaîne.
Pour limiter les risques, pensez à informer votre assureur en cas de changement de RIB et à surveiller vos échéances, notamment après un déménagement ou une modification de situation professionnelle. En cas de rejet de prélèvement SEPA, certains assureurs acceptent un règlement ponctuel par carte bancaire ou virement pour éviter d’enclencher la machine de la résiliation. Là encore, tout est une question de réactivité : plus vous anticipez, moins vous exposez votre contrat à une suspension ou à une résiliation pour non-paiement.
L’aggravation du risque et la modification des circonstances déclarées
Au-delà du non-paiement, l’un des leviers majeurs dont dispose l’assureur pour résilier un contrat repose sur l’aggravation du risque. Au moment de la souscription, votre prime est calculée à partir d’un certain nombre d’éléments objectifs (usage du bien, lieu de résidence, profession, antécédents, etc.). Si ces paramètres évoluent de façon significative en cours de contrat et augmentent la probabilité de sinistre, l’équilibre initial n’est plus respecté. La loi impose alors à l’assuré de déclarer ces changements dans un délai de 15 jours. À défaut, l’assureur peut non seulement résilier, mais aussi réduire ou refuser l’indemnisation en cas de sinistre.
Le changement d’usage du véhicule en assurance auto : trajet domicile-travail versus usage professionnel
Le cas le plus courant en assurance auto concerne le changement d’usage du véhicule. Vous avez peut-être assuré votre voiture pour un usage « privé et trajet domicile-travail », puis vous commencez à l’utiliser régulièrement pour des tournées commerciales, du transport de matériel ou des livraisons. Aux yeux de l’assureur, le risque n’est plus le même : vous roulez davantage, parfois sur de nouveaux itinéraires, avec une fréquence d’exposition au danger plus élevée. Cette modification doit être déclarée sans délai afin que votre contrat soit adapté.
Que se passe-t-il si vous ne le faites pas ? En cas d’accident survenu dans le cadre de cette nouvelle activité professionnelle, l’assureur peut invoquer une aggravation non déclarée du risque pour réduire l’indemnité voire la refuser, selon votre degré de bonne ou mauvaise foi. Il peut ensuite vous proposer une nouvelle tarification ou décider de résilier le contrat avec un préavis légal. Pour éviter ce scénario, il est recommandé de contacter votre assureur dès que l’usage du véhicule change : passage en usage « professionnel », ajout d’un conducteur principal qui parcourt de nombreux kilomètres, ou utilisation régulière pour du covoiturage rémunéré.
La modification de la profession de l’assuré et son impact sur le contrat
Votre profession constitue également un élément important dans l’appréciation du risque, notamment en assurance auto, habitation et emprunteur. Passer d’une activité de bureau à un métier manuel, itinérant ou exposé (artisan, livreur, professionnel du bâtiment) peut augmenter la fréquence de vos déplacements, la manipulation d’outils ou de marchandises, voire la valeur des biens stockés à domicile. En assurance habitation par exemple, une activité professionnelle exercée chez soi change la nature du risque initial, surtout en présence de clientèle, de matériel coûteux ou de produits dangereux.
En cas de changement de profession, vous devez en informer votre assureur par lettre recommandée ou via les canaux prévus au contrat. L’assureur pourra alors ajuster la prime, proposer un avenant ou, si le nouveau risque sort de son champ d’acceptation, prononcer la résiliation. Ne pas signaler cette évolution revient un peu à jouer avec les règles du jeu : l’assureur a construit son offre sur une certaine image de votre profil, et toute modification significative doit être portée à sa connaissance pour maintenir la validité du contrat.
Le déménagement et le changement de zone géographique en assurance habitation
En assurance habitation, le déménagement constitue un cas emblématique d’aggravation ou de diminution du risque. Un appartement en étage élevé dans une résidence sécurisée ne présente pas les mêmes risques de vol, d’incendie ou de dégât des eaux qu’une maison isolée en zone inondable. C’est pourquoi le Code des assurances prévoit la possibilité, pour l’assureur comme pour l’assuré, de résilier le contrat dans les trois mois suivant l’événement si la modification de situation a une incidence directe sur le risque couvert.
Dans la pratique, la plupart des assureurs proposent plutôt un transfert du contrat sur le nouveau logement avec ajustement de la prime (à la hausse ou à la baisse). Toutefois, si le nouveau bien ne correspond pas à la politique de souscription de la compagnie (zone géographique trop exposée, type de construction non accepté), elle peut refuser la continuation et résilier en respectant un préavis d’un mois. De votre côté, si l’assureur refuse de réduire la prime alors que le risque diminue objectivement (par exemple, passage d’une zone à fort cambriolage à un quartier beaucoup plus sécurisé), vous pouvez demander la résiliation pour diminution du risque.
La résiliation pour sinistralité excessive et comportement frauduleux
Au-delà des aspects purement techniques (paiement, aggravation du risque), les assureurs surveillent aussi la sinistralité et les comportements potentiellement frauduleux. Multiplier les petits sinistres, même non responsables, ou déclarer des événements douteux peut conduire la compagnie à considérer que le contrat n’est plus économiquement équilibré. De la même manière, toute fraude avérée à l’assurance est perçue comme une atteinte grave à la confiance contractuelle et peut justifier une résiliation immédiate, voire des poursuites pénales. Où se situe la frontière entre « malchance » et profil trop risqué ?
Le seuil de sinistralité déclenchant la résiliation après sinistre selon l’article L113-12-1
L’article L113-12-1 encadre la possibilité de résiliation après sinistre en rappelant que cette faculté doit être expressément prévue au contrat. Autrement dit, l’assureur ne peut résilier pour sinistralité excessive que si une clause de résiliation après sinistre figure dans vos conditions générales. Cette résiliation peut intervenir quel qu’en soit le responsable et même si aucune indemnité ne vous a été versée, mais elle doit respecter un préavis d’un mois à compter de la notification par lettre recommandée. L’assureur doit alors restituer la portion de prime correspondant à la période pour laquelle le risque n’est plus couvert.
En pratique, chaque compagnie définit ses propres seuils de tolérance : certains assureurs se montrent compréhensifs face à deux ou trois sinistres espacés sur plusieurs années, d’autres appliquent une politique plus stricte au-delà d’un certain nombre de déclarations sur une période courte (par exemple, trois sinistres habitation en deux ans). Il ne s’agit pas de « punir » l’assuré malchanceux, mais de maîtriser le coût global du portefeuille. D’où l’intérêt, parfois, de ne pas déclarer systématiquement les très petits sinistres si leur montant est proche de votre franchise : vous évitez ainsi de dégrader votre historique de sinistres.
Les cas de fausse déclaration de sinistre et fraude à l’assurance
La fraude à l’assurance est l’un des motifs les plus graves de résiliation. Elle recouvre des comportements variés : déclaration d’un sinistre imaginaire, exagération volontaire du montant des dommages, falsification de factures, mise en scène d’un vol ou d’un incendie, ou encore dissimulation d’éléments essentiels (par exemple, l’implication d’un conducteur non déclaré lors d’un accident auto). Si l’assureur apporte la preuve de cette fraude, il peut non seulement refuser l’indemnisation, mais aussi résilier immédiatement le contrat, voire déposer plainte.
Sur le plan civil, la fraude peut être assimilée à une fausse déclaration intentionnelle, entraînant l’application de l’article L113-8 et la nullité du contrat. Sur le plan pénal, elle peut constituer une infraction (escroquerie à l’assurance), passible d’amendes et de peines d’emprisonnement. Au-delà de ces sanctions, l’assuré frauduleux s’expose à une véritable « étiquette » de profil à risque, rendant extrêmement difficile la souscription de nouveaux contrats à des conditions normales. En matière d’assurance, la confiance est un capital fragile : une fois perdu, il se reconstitue difficilement.
La résiliation après condamnation pénale pour conduite en état d’ivresse
En assurance automobile, certaines condamnations pénales constituent des signaux d’alerte majeurs pour l’assureur. C’est notamment le cas de la conduite en état d’ivresse ou sous l’emprise de stupéfiants. L’article A.211-1-2 du Code des assurances autorise expressément la résiliation de la garantie obligatoire de responsabilité civile après un sinistre, lorsque le conducteur était en état d’ivresse ou lorsqu’une infraction au Code de la route a entraîné une suspension d’au moins un mois ou une annulation du permis. Dans ces hypothèses, l’assureur peut rompre le contrat en dehors de l’échéance annuelle, avec un préavis d’un mois.
Au-delà de ce cadre, une condamnation pour conduite en état d’ivresse peut également être prise en compte dans l’analyse générale du risque, même en l’absence de sinistre. Certains assureurs préfèrent alors ne pas renouveler le contrat à l’échéance, invoquant un profil jugé trop dangereux. Le conducteur concerné devra se tourner vers des assureurs spécialisés dans les profils à risques ou, en dernier ressort, saisir le Bureau Central de Tarification pour obtenir au moins une assurance au tiers. Là encore, la sanction va bien au-delà de l’amende ou de la suspension de permis : elle impacte durablement l’accès à l’assurance auto.
L’aggravation volontaire du sinistre et ses conséquences contractuelles
Autre situation lourde de conséquences : l’aggravation volontaire d’un sinistre. Il peut s’agir, par exemple, d’un assuré qui, après un dégât des eaux mineur, laisse volontairement l’eau couler pour augmenter l’ampleur des dommages, ou qui profite d’un cambriolage pour déclarer la disparition d’objets qui n’ont jamais été volés. Dans ces cas, il ne s’agit plus d’une simple négligence mais d’un comportement intentionnel visant à tirer un profit indu du contrat d’assurance. L’assureur est alors en droit de refuser toute indemnisation et de résilier le contrat, voire de saisir la justice pénale.
Juridiquement, l’aggravation volontaire du sinistre s’analyse souvent comme une fraude ou, à tout le moins, comme une violation grave de l’obligation de loyauté qui pèse sur l’assuré. Les juges se montrent rarement indulgents face à ce type de comportement, car il nuit non seulement à l’assureur mais aussi à l’ensemble des assurés, les fraudes se répercutant in fine sur le niveau des primes. Pour vous protéger, fournissez toujours des déclarations précises, appuyées par des preuves (photos, factures, témoignages) et ne cédez jamais à la tentation « d’arrondir » les montants : l’économie apparente peut se transformer en perte sèche de vos garanties.
Les motifs de résiliation spécifiques aux différentes catégories d’assurance
Si le Code des assurances fixe un socle commun de règles de résiliation, chaque catégorie d’assurance présente aussi ses spécificités. Un retrait de permis aura peu de conséquences en assurance habitation, mais pourra déclencher une résiliation immédiate en assurance auto. De même, une expulsion locative ou une occupation sans titre du logement peuvent inciter un assureur habitation à mettre fin au contrat, alors que ces éléments sont sans effet sur une garantie emprunteur. Examiner ces cas particuliers permet de mieux comprendre comment les assureurs ajustent leur politique de résiliation à la nature des risques couverts.
Assurance auto : retrait ou suspension du permis de conduire
En assurance auto, le permis de conduire est un élément central du risque. Un retrait, une suspension prolongée ou une annulation peuvent donc constituer un motif de résiliation, surtout lorsqu’ils font suite à une infraction grave (alcoolémie, excès de vitesse très important, conduite sous stupéfiants). Si ces faits sont à l’origine d’un sinistre, l’article A.211-1-2 permet déjà la résiliation de la garantie responsabilité civile. Mais même en l’absence d’accident, beaucoup de contrats prévoient une clause spécifique de résiliation en cas de perte du droit de conduire au-delà d’une certaine durée.
Concrètement, dès que vous êtes informé d’une suspension ou d’une annulation de permis, vous devez le déclarer à votre assureur. Celui-ci pourra décider de maintenir le contrat en attendant la restitution du permis, de limiter certaines garanties, ou de résilier avec un préavis. Si vous continuez à conduire malgré la suspension et provoquez un accident, les conséquences peuvent être dramatiques : absence d’indemnisation de vos propres dommages, recours de l’assureur contre vous pour les sommes versées aux victimes, et inscription au fichier des résiliations (AGIRA), rendant toute nouvelle souscription beaucoup plus coûteuse.
Assurance habitation : occupation sans titre et expulsion locative
En assurance habitation, la qualité d’occupant du logement et la régularité de cette occupation jouent un rôle clé. Un contrat souscrit par un locataire suppose l’existence d’un bail, et un contrat propriétaire occupant suppose que celui-ci réside effectivement dans le bien ou en conserve la maîtrise. En cas d’occupation sans titre (squatteurs) ou d’expulsion locative, la situation juridique change radicalement : le risque d’incendie volontaire, de dégradations ou de non-entretien du bien augmente sensiblement. L’assureur peut alors considérer que le risque initialement accepté n’est plus le même.
Dans ces hypothèses, la plupart des polices prévoient des clauses autorisant la résiliation en cas de perte de la qualité d’occupant ou de changement de statut juridique du bien. L’assureur doit toutefois respecter un préavis, généralement d’un mois, et rembourser la part de prime correspondant à la période postérieure à la résiliation. Si vous êtes confronté à une occupation illégale, signalez-la rapidement à votre assureur et demandez-lui par écrit quelles sont les conséquences sur votre contrat. Il pourra adapter les garanties ou, en dernier ressort, mettre fin à la couverture, vous laissant la charge de sécuriser le bien.
Assurance emprunteur : cessation d’activité professionnelle et défaut de paiement du crédit
En assurance emprunteur, les motifs de résiliation par l’assureur sont souvent liés à la vie du prêt lui-même. Le cas le plus simple est l’extinction du crédit : une fois le prêt totalement remboursé, le contrat d’assurance prend naturellement fin. Mais certaines situations plus délicates peuvent également conduire l’assureur à résilier, notamment en cas de cessation d’activité professionnelle non déclarée alors que des garanties comme la perte d’emploi ou l’incapacité de travail reposaient sur votre statut professionnel. L’assureur peut alors estimer que le risque assuré n’a plus la même consistance que lors de la souscription.
Par ailleurs, le défaut de paiement des échéances de crédit peut entraîner, du côté de la banque, une déchéance du terme et une procédure de recouvrement, qui rendent caduque la logique même de l’assurance emprunteur. Certains contrats prévoient ainsi une résiliation automatique de la garantie en cas de résiliation du prêt par la banque. Dans ce contexte, il est essentiel d’informer l’assureur de tout changement significatif de situation (chômage, arrêt d’activité, invalidité) afin d’activer, le cas échéant, les garanties prévues plutôt que de laisser la situation se dégrader jusqu’à la résiliation.
Les recours de l’assuré face à une résiliation par l’assureur
Être résilié par son assureur n’est jamais anodin : au-delà de la perte de protection, cette décision peut compliquer sérieusement la recherche d’une nouvelle assurance, surtout en matière d’auto ou d’habitation obligatoires. Pour autant, vous n’êtes pas démuni. Si vous estimez que la résiliation est injustifiée, irrégulière sur la forme, ou disproportionnée au regard de votre situation, plusieurs voies de recours s’offrent à vous. De la réclamation interne à l’assureur jusqu’au juge, en passant par la médiation et le Bureau Central de Tarification, vous pouvez contester la décision ou, à tout le moins, retrouver une couverture minimale.
La saisine du médiateur de l’assurance et la procédure de médiation FFSA
Avant toute action en justice, il est fortement recommandé de passer par la médiation de l’assurance. Chaque compagnie doit désigner un médiateur indépendant, dont les coordonnées figurent dans les documents contractuels ou sur son site internet. Vous pouvez le saisir gratuitement, par courrier ou en ligne, après avoir adressé une réclamation écrite à votre assureur et en l’absence de réponse satisfaisante dans un délai de deux mois. La médiation permet souvent de résoudre les litiges relatifs à la régularité de la procédure de résiliation (délais, forme du courrier, motivation de la décision, etc.).
Le médiateur rend un avis, généralement dans un délai de trois à six mois. Son avis n’a pas force obligatoire, mais les assureurs s’engagent le plus souvent à le suivre, sauf cas exceptionnel. Pour mettre toutes les chances de votre côté, joignez à votre saisine la copie du contrat, des conditions générales, des courriers reçus (mise en demeure, notification de résiliation), ainsi que tout élément prouvant un éventuel manquement de l’assureur. La médiation n’interrompt pas nécessairement les effets de la résiliation, mais elle peut aboutir à une reprise du contrat ou à une indemnisation si la rupture s’avère irrégulière.
Le recours contentieux devant le tribunal judiciaire compétent
Si la médiation échoue ou si vous contestez toujours fermement la décision de résiliation, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire compétent. Cette voie contentieuse suppose souvent l’assistance d’un avocat, idéalement spécialisé en droit des assurances, qui analysera les clauses du contrat, la conformité de la procédure et la pertinence du motif invoqué. Vous pourrez demander l’annulation de la résiliation, des dommages et intérêts, ou encore la reconnaissance de la nullité d’une clause abusive.
Il convient toutefois de mesurer le coût et la durée d’une telle procédure. Entre les frais d’avocat, le temps d’instruction et l’incertitude du résultat, il est parfois plus rationnel de concentrer ses efforts sur la recherche d’un nouvel assureur, notamment lorsque la résiliation repose sur un motif difficilement contestable (sinistres nombreux, non-paiement avéré, condamnation pénale). En revanche, si la rupture met gravement en péril votre situation (par exemple, refus de prise en charge d’un sinistre important suivi d’une résiliation abusive), l’action en justice peut s’avérer pleinement justifiée.
Le bureau central de tarification pour obtenir une nouvelle assurance obligatoire
Enfin, lorsque vous n’arrivez plus à trouver d’assureur après une résiliation, vous pouvez vous tourner vers le Bureau Central de Tarification (BCT). Cette instance indépendante a pour mission de garantir l’accès à certaines assurances obligatoires, en particulier la responsabilité civile automobile. Concrètement, vous choisissez un assureur qui refuse de vous couvrir, vous lui demandez un devis écrit, puis, en cas de refus ou d’absence de réponse, vous saisissez le BCT dans un délai de 15 jours à compter de ce refus. Le BCT fixera alors le montant de la prime que l’assureur devra accepter pour vous couvrir au minimum légal.
Le BCT n’a pas vocation à vous offrir une assurance « bon marché » : les primes qu’il fixe sont souvent élevées, proportionnelles au risque que vous représentez. Mais il constitue un filet de sécurité indispensable pour les conducteurs ou les assurés les plus fragilisés par une résiliation. Une fois réassuré, vous pourrez, avec le temps et un comportement irréprochable (absence de sinistre, paiement ponctuel des primes), améliorer progressivement votre profil et, à terme, négocier de meilleures conditions ou changer d’assureur dans un cadre plus favorable.